Pierre Gregori

"Ma dernière petite trouvaille est de faire du street art écologique et non dégradant"

 

Comment es-tu arrivé dans ce milieu?


Tout petit, j'ai été intrigué et attiré par l'art, mon papa faisait de très belles photographies et ma maman des reproductions d’œuvres au pastel. Dès l'âge de 6/7 ans, j'ai commencé à reproduire des personnages de bandes dessinées, puis mes parents m'ont inscrits à des cours d'art où Kra N'guessan (artiste Ivoirien) nous apprenait plein de choses. Quand je m'ennuyais, je regardais par les fenêtres des trains, des voitures, je trouvais là la beauté des paysages et la chose qui m'inspire beaucoup aujourd'hui : le street art. J'ai toujours continué à dessiner et ai suivi un cursus en arts appliqués (qui n'a rien donné - je ne suis pas fait pour le surplus de contraintes en design). J'ai pas mal traîné avec le groupe Missing Pride et puis j'ai commencé la photo sur le tas, et ai pu admirer le boulot de Marina Ribeiro, Angelle Borges et Anthony Dubois qui font des photos de groupes en live vraiment cool, et ça m'a vraiment donné envie de me dépasser à chaque fois. A force de travail, de shootings et de remises en question, j'ai réussi à rentrer dans RockYourLife! pour faire des articles et des photos de super groupes.


Que fais-tu dans la vie actuellement?


Actuellement, je suis animateur dans un centre de loisirs, juste à côté de chez moi, rédacteur et photographe pour RockYourLife!


Qu'est ce que tu aimes au niveau artistique?


Pour le cinéma, je suis fan des films de Tarantino et de Robert Rodriguez, par contre, pour les belles images j'admire les cadrages des films coréens. J'aime beaucoup les films indépendants, les films dingues comme Shutter Island et surtout j'ai du mal à cohabiter avec le cinéma français. En ce qui concerne la musique, j'aime beaucoup Muse (surtout pour l'album Absolution), Lamb Of God, Gorillaz et Despised Icon, mais j'écoute réellement de tout, sauf tout ce qui touche de près ou de loin le zouk, le r'n'b et le mauvais rap. J'ai une grande attirance pour le boulot de Dubuffet, Basquiat, Francis Bacon et au niveau du street art, Banksy (qui a d'ailleurs fait un super film nommé "Faits le mur", un des reportages les plus complets sur le street art), 123Klan et Monsieur Chat.
 

Artistiquement parlant...


Je fais beaucoup de photos, mais le plus souvent c'est pour des concerts. Je donne dans le paysage, les shootings, des photos de promo de groupes, des graffitis, des lieux déserts... Quelques fois, je peins des tableaux et je fais des expos, ça reste très inspiré du street art et j'utilise les mêmes outils sur toile. Je dessine assez souvent, et à 99% des monstres un peu crados, car j'aime faire des choses qui n'existent pas. Ma dernière petite trouvaille est de faire du street art écologique et non dégradant. Je fabrique 50 pièces (avec des moustaches), que je numérote avec l'inscription "servez-vous" dessus, faites en carton de récupération, colorées avec des marqueurs et de la peinture non toxique pour l'environnement, je les dissimule ensuite dans la rue avec de la patafix. A part une pollution visuelle pour les réfractaires, ce n'est ni du vandalisme, ni de l'affichage, donc en théorie, c'est légal. J'ai beaucoup été influencé par le street art et j'ai réfléchi à comment y mettre ma patte, c'est venu un peu brutalement comme idée, mais ce concept m'a donné envie de le partager. On ne peut pas emporter le street art chez soi, on ne peut que le prendre en photo, c'est ce qui est dommage avec ce milieu, et c'est ce qui m'a donné envie de contourner les règles. En tout cas, ce qui est vraiment cool et qui m'a fait sourire niaisement (comme un enfant devant des cadeaux de Noël), c'est que j'ai eu des retours de potes et de gens qui avaient trouvé ces moustaches en question, qui les ont gardé, qui les ont prises en photo, même si je n'ai pas 50 retours par série, je me dis que quelques unes ont été épargnées, peut être qu'elles ont été perdues, peut être qu'elles ont voyagé avec le vent, peut être qu'on les a jeté, finalement avec ces retours, on sait ce qu'elles deviennent, et je n'ai pas fait ça pour rien. Et d'un autre côté c'est attractif, car je lance une chasse à la moustache, je poste sur ma page pro où et quand je les pose, et c'est aux gens de participer à un espèce de "Où est Charlie?" à l'échelle humaine.

 

Dans l'avenir?


Je compte m'attaquer à d'autres villes que Paris pour mes moustaches, faire que l'inspiration soit toujours heureuse à mes cotés, prendre plein de photos partout, continuer d'être une pile électrique artistiquement parlant, faire des vidéos, continuer à écrire des poèmes quand je n'arrive pas à trouver un autre moyen d'expression, prendre en photo mes groupes préférés, passer mon permis et dompter un tyrannosaure.

 

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