Elise De Brouwer

Il en est ainsi pour les poupons. Certains interpréteront que ces poupées jouent un rôle cathartique dans la vie des enfants malheureux, à la fois confidentes, souffre-douleur, ou amies imaginaires. D’autres remarqueront la particularité que leur présence confère aux sujets, qui sont comme prisonniers de leurs enveloppes, perdent leur corps pesant, transférant leur sensibilité à ces copies de plastique devenues pour l’occasion geôlières. D’autres encore verront en ces baigneurs la représentation de personnes artificielles avec des possibilités morphologiques diverses, chargées des désirs les plus angoissants. Sans compter ceux pour qui elles incarneront un humour grinçant rappelant, par l’action ludique, la régression d’adulte.

 

L’enfance se veut également un thème récurrent des compositions. On la retrouve de manière concrète à travers la jeunesse des modèles, mais aussi abstraitement dans la naïveté avec laquelle sont traités des sujets plus graves. Elle est livrée avec son lot de situations et de sentiments négatifs comme la sexualité infantile, la maltraitance, la peur, la tristesse, la torture et le silence, baignés dans une surprenante ambiance qui se veut paradoxalement féerique et réconfortante.

 

Le corps, enfin, siège de la douleur, fait partie des thèmes de prédilections de la photographe, à l’image de sa mise en scène dans la série Le Bobo. Cet ensemble de clichés matérialise tant les blessures enfantines figées sur le corps de l'adulte que la douleur psychologique, trop lourde pour l'âme, qui - dans sa veine tentative de s’échapper du corps - laisse des marques indélébiles sur la peau.

 

C’est la vie, sans concession, qui est saisie ici dans un support de gélatine aux nuances glauques.

 

Le spectateur ne manquera pas de remarquer dans les travaux d’Elise De Brouwer l’influence d’artistes comme Hans Bellmer, pour les distorsions morphologiques ou encore d'Eric Pougeau, pour son cynisme et sa manière d’illustrer les idées noires avec candeur. Mais c’est avec un style très personnel qu’elle fait de son travail l’anatomie du conflit entre notre conscience profonde et nos douleurs, l’éclatement de nos âmes.